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Quelques jours après l'incident avec Kurt, Chloé avait cependant pris une des suggestions du jeune homme au sérieux et la voici qui épluchait les petites annonces du site qu'il lui avait conseillé. C'était un début d'après-midi gris et pluvieux, une météo typique des rentrées des classes de sa jeunesse.

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Alors qu'elle était sur le point de désespérer et de fermer la page, un titre retint son attention.

Petite maison...une chambre...belle vue sur la ville et l'océan...lit-elle mentalement. Son intérêt était piqué au vif, la jeune fille nota les coordonnées de la personne qui avait écrit l'annonce.

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Au bout de trois sonneries, son interlocutrice décrocha et Chloé put engager la conversation:

«Allô bonjour, madame Lemaire?

-Oui?

-Bonjour, je m'appelle Chloé Mortimer, je vous appelle à propos de l'annonce pour la petite maison avec vue sur la ville. Elle est encore d'actualité?» demanda la blonde.

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«Oh euh, ah, la maison! Oui oui. Vous voulez la visiter?

-Ce serait génial. Vous êtes disponible quand?

-Hm. En fin d'après-midi? Ça vous va?

-Parfait. Vous pouvez me donner l'adresse exacte?»

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La jeune fille enregistra mentalement les indications de son interlocutrice. Cette dernière devait être un peu âgée car elle avait parfois du mal à comprendre et demandait à Chloé de répéter. Sa voix était également un peu cassée, enrouée. Le résultat d'une vie de cigarettes, probablement.

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Mince...il faut tourner à gauche avant ou après le cimetière...? douta-t-elle tandis qu'elle descendait les marches. Cependant, la jeune fille s'arrêta brusquement, regardant en bas.

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D'une pierre deux coups. Non seulement elle venait de retomber sur le militaire lourdingue qui l'avait invitée à boire un café peu après son arrivée à Wellspring, mais en plus, Kurt était là aussi. Cela l'étonna. Elle ne le pensait pas du genre lecteur.

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Le soldat, l'ayant aperçue, se leva aussitôt pour la saluer. Ils engagèrent une conversation banale, échangeant sur le temps et les actualités. Chloé remarqua du coin de l'œil que Kurt avait cessé sa lecture et s'était levé.

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«Eh bien, je ne sais pas vraiment mais je trouve que les Lamas de Wellspring ont bien démarré la saison..vous savez, je ne m'y connais pas trop en sport mais je crois qu'ils ont gagné tous leurs match jusqu'ici.

-Hm, oui je crois. Bon, alors je vais tenter un petit pari sur les Lamas!» acquiesca le militaire qui s'était risqué à demander son avis à la jeune fille sur l'équipe locale sans savoir qu'elle n'y connaissait rien.

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Kurt, quant à lui, alla ranger le livre qu'il avait emprunté et, après un instant d'hésitation, sortit.

Chloé l'observait, toujours discrètement, et fut légèrement déçue qu'il ne vienne pas l'aborder.

Il doit encore se sentir mal à l'aise...supposa-t-elle.

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Dehors, le ciel était d'un gris compact, un de ces gris qui annonçait une pluie imminente. La blonde espérait seulement, à l'abri dans un taxi, que cela serait suivi d'un bel éclairci. Il était presque dix-huit heures et madame Lemaire l'attendait pour lui faire voir sa maison à louer.

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La première chose que remarqua Chloé en arrivant sur le lieu du rendez-vous, avant même la propriétaire, fut la maison elle-même. Petite certes, mais assez jolie. Bâtie sur un grand terrain, elle n'en prenait pourtant que moins de la moitié.

Dommage qu'elle soit si loin du centre-ville...je vais devoir investir dans un vélo.

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Elle fut tirée de ses pensées par une voix qui l'interpella. La même voix qu'au téléphone. Qu'elle ne fut pas la surprise de la blonde en découvrant qu'il ne s'agissait pas d'une dame âgée mais d'une jeune fille, peut-être même plus jeune qu'elle.

«Ah! Vous êtes sûrement Chloé. Je peux vous appeler Chloé? Je peux te tutu? Te tutoyer?» précisa-t-elle devant le regard interloqué de notre journaliste en herbe.

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«Euh, oui. Bien sûr» répondit la concernée. Aussitôt, son interlocutrice -qui se présenta comme une certaine Mia- lui exposa d'une traite tous les avantages qu'avait cette maison. Elle était visiblement pressée d'en finir avec ce rendez-vous. Ou était-ce tout simplement dans son caractère d'y aller à fond la caisse.

«Alors...déjà t'es au calme, tu n'auras pas le bruit des voitures, des mecs bourrés qui sortent des bars...tu vois le truc. Ah si, à la rigueur, des fois tu auras un cortège funèbre qui passera sur la route en contrebas pour aller au cimetière mais généralement dans ces occasions, ils ne klaxonnent pas.»

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«Et là, tu vois, juste à côté du terrain, il y a un petit parc avec une air de jeu. Bon, à mon avis t'as pas encore de môme mais si jamais tu fais du baby-sitting ça peut t'aider. Je parle en connaissance de cause!» poursuivi Mia avec un débit de parole impressionnant.

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«Dans l'annonce il y avait marqué qu'il y avait quelques travaux à prévoir?» demanda Chloé, se risquant à couper la parole à la jeune fille au chapeau.

«Oh, hum, ouais. Enfin, c'est plus de la rénovation qu'autre chose, c'est pas titanesque comme truc. Genre il faudrait refaire la salle de bain et la cuisine. C'était la maison de ma grande-tante Betty avant mais bon, après ce qui s'est passé dedans...elle n'a plus trop envie d'y remettre les pieds.

-Qu-...quelqu'un est mort?

-Hein? Ah non, mais son mari et elle vivaient là quand ils ont décidé de divorcer. Bref, on entre?» répondit Mia sur le ton de la conversation, imperturbable.

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Une fois à l'intérieur, la blonde put constater qu'effectivement, les équipements étaient un peu vieillots. Il y avait cependant assez d'espace pour elle et Miss Daisy et elle voyait déjà comment elle s'y prendrait pour aménager tout ça.

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L'unique chambre était également assez grande pour y rentrer un lit à deux places et peut-être une commode. Les fenêtres donnaient sur la baie, ce qui donnait un réel cachet à cette pièce que la jeune fille avait hâte de décorer.

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La salle de bain datait également un peu mais rien de très grave. Peut-être n'aurait-elle même pas à changer grand chose, un coup de peinture pouvait faire des miracles. Chloé apprécia particulièrement le miroir.

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«Et bien sûr, le trône! Mais évite de déclencher un conflit ouvert avec les sept comtés voisins pour en prendre le contrôle» lâcha Mia, appuyée sur le lavabo et occupée à se triturer quelque chose de coincé entre deux de ses dents.

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Satisfaite, Chloé se tourna vers elle:

«Ça me plaît beaucoup, en plus le loyer n'est pas mirobolant. Il y a d'autres personnes sur l'affaire ou c'est bon pour moi?

-Bah...si c'est bon pour toi, c'est bon pour moi...» répondit la fille au chapeau en retenant un baîllement. Elle promenait un regard neutre, presque désabusé, sur les murs de cette maison qu'elle n'avait du que trop connaître.

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«Enfin voilà. Du coup bah, si tu peux essaie de me faire un chèque d'ici la semaine prochaine pour ton premier mois de loyer. Si tu peux pas bah...fais-le le mois prochain. Ma grande-tante Betty est la vraie proprio mais elle s'est tirée en croisière avec son kiné. Et blindée comme elle est, pour tout dire, elle s'en fiche un peu du loyer de cette bicoque.»

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«La semaine prochaine ça devrait être bon. Merci en tout cas» dit très sincèrement Chloé en offrant un sourire à son interlocutrice décidément très spéciale mais néanmoins sympathique. Cette dernière demanda: «Alors comme ça t'es journaleuse?»

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La conversation s'éternisa tant et si bien qu'il faisait nuit lorsque Mia quitta les lieux. Elle semblait contente de s'être débarrassée de la corvée que représentait cette maison. Quelques minutes plus tard, Chloé s'en alla aussi pour regagner l'hôtel afin d'y passer une dernière nuit. En effet, sans meubles, difficile de s'installer! Elle planifia donc d'aller dès le lendemain au centre commercial pour une petite virée shopping.

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Il était presque quinze heures lorsque Chloé revint du centre commercial. Elle y avait fait quelques emplettes de première nécessité, demandant à ce qu'on lui livre les éléments les plus encombrants. La plupart des marchandises étaient arrivées et la jeune fille s'amusa à les disposer comme bon lui semblait.

Mais d'abord, le plus important...pensa-t-elle tout en remplissant la gamelle de Miss Daisy.

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Cette dernière fit le tour de la maison et décréta que son coin était définitivement l'endroit le plus confortable de ce nouvel endroit. Elle s'y laissa tomber lourdement et plongea dans la tête dans sa gamelle afin d'y attraper quelques croquettes, surveillant du coin de l’œil le vil carton qui, elle en était sûre, tentait de se rapprocher petit à petit de sa précieuse nourriture.

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«Alors ma grande? Ça te plaît ici?» vint demander la blonde, s'accroupissant pour gratouiller le menton de Miss Daisy, venue à sa rencontre. Le lien entre ces deux êtres se fortifiait jour après jour.

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«Tu vas voir, on va être bien ici...» acheva-t-elle en souriant.

 

Fin de l'épisode 1.08

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